Trek de Kapisillit à Nuuk, épisode 1 : ou comment on est passé près de la mort

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Le trek entre Kapisillit et Nuuk est un des plus beaux treks du Groenland. Pourtant, très peu de personnes s’y risquent. On sait maintenant pourquoi…

Jour 1 : comment passer de « Yeah ! on est des supers warriors aventuriers ! » à « Mais c’est quoi ce trek de malade ? On va crever ! »

Pour commencer le trek, on se fait déposer à Kapisillit, un village de 60 habitants situé dans le fond des fjords à 3 heures de bateau depuis Nuuk.

Pour bien commencer la journée, Clem a la chance de pouvoir prendre la barre du bateau pendant la moitié du trajet. La mer est calme, on zigzague entre les icebergs dans un paysage de rêve : le pied intégral !

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A peine arrivés à Kapisillit, on part déjà en direction de Nuuk. 90 km de marche nous séparent de la capitale, il ne faut pas traîner.

Nous avons bien étudié la carte avec un Inuit qui a fait ce trek une vingtaine de fois. Il nous a indiqué les passages à emprunter et l’endroit où se situent les huttes. Selon lui, c’est un trek très beau et très simple. Il le fait parfois en courant avec sa femme, en 2 jours. Nous, on devrait le faire en 5 à 7 jours maximum.

Youpi ! Un trek de débutant pour se chauffer avant d’attaquer celui de l’Arctic Circle Trail !

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Nous quittons Kapisillit, impatients, le cœur battant, en suivant un petit chemin qui disparaît peu à peu. On nous avait prévenu, le trek n’est pas balisé.

Nous continuons tout droit et arrivons dans un passage serré. Sur notre droite, une pente escarpée. Un petit pas un peu trop sur le côté et hop, on se retrouve à dévaler la pente à toute vitesse en se faisant bien mal. Pas de quoi nous faire renoncer, mais on commence à sentir la difficulté du trek.

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Et puis, on arrive droit sur une falaise. Il devait y avoir un passage autrefois, il n’y a plus que la roche à pic. Nous n’avons pas le choix, nous devons passer sur la falaise.

Clo se lance. Mais très vite, elle est déséquilibrée par le poids de son sac : derrière elle, 15kg de matériel. Elle se colle à la roche en essayant de trouver des prises pour les mains et les pieds.

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« Clem, je suis bloquée »

Que faire ? Elle ne peut ni avancer, ni revenir sur ses pas sous peine de glisser. La pente est raide. Si on glisse, on atterrit directement une vingtaine de mètres plus bas, dans la mer et les rochers. C’est notre vie qu’on risque là.

Le temps passe, il faut trouver une solution. Clo décide alors de monter, d’escalader la falaise pour trouver un passage.

Il n’y a pas vraiment de prises dans la roche mais elle attrape les racines de petits arbustes et s’en aide pour finalement réussir à passer.

Une fois en haut, toute tremblotante, elle n’ose pas se relever. Sachant qu’elle a le vertige, elle n’avait pas regardé une seule fois au sol. Mais une fois en haut, en regardant Clem plus bas, elle se rend compte de ce qu’elle vient d’accomplir. Terrifiée, elle reste collée au sol.

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Clem : « Qu’est-ce qu’on fait ? »
Clo : « Je ne sais pas, mais c’est sûr que je ne redescends pas ! ».

Clem n’a pas le choix, il doit monter à son tour. Problème : il a la steadycam dans une main, le sac de l’appareil photo sur le côté et son énorme sac à dos de 20 kg derrière. Il décide de défaire son sac de manière à tout mettre dedans pour avoir les mains libres. Son sac est encore plus lourd.

Courageux, ou plutôt inconscient, il entame l’escalade à son tour.

En haut Clo crie : « reste collé à la roche, si tu te décolles, le poids de ton sac va t’entrainer en bas ! »

Rassurant.

Clem se concentre et vérifie chaque prise. Mais comme Clo auparavant, il n’en trouve pas vraiment. Il décide donc de s’accrocher aux mêmes racines qui avaient déjà supporté le poids de Clo. Les racines tiennent le coup, mais l’idée de penser qu’on laisse notre vie entre leurs « mains » est effrayante.

Tant bien que mal, Clem arrive finalement à rejoindre Clo.

 

On l’a fait ! On a réussi !

Alors qu’on se remet à peine de nos émotions, on voit trois Inuits emprunter le même chemin. Ils ont l’air d’hésiter, montrent du doigt le sentier disparu. Puis, on voit le premier monter, debout, sans aucune difficulté, suivi des deux autres.

On se regarde : « Il y avait un chemin ?! ». Non, ils ont simplement marché sur la roche, comme si c’était normal. Mais ils n’ont pas de sac à dos, donc aucun risque d’être déséquilibré…

On se relève et on leur demande si on peut les suivre. Ils acquiescent. En suivant leurs pas, on est rassuré, plus confiants. On avance à grande vitesse, presque nonchalants.

Clo leur demande s’ils font le trek. Non, ils habitent dans un petit village de trois maisons un peu plus loin, pas vraiment sur notre route. Au bout d’un moment, nous devons donc nous séparer.

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La nuit commence à tomber, on a marché moins de 10 km. On quitte la côte et on s’enfonce dans les terres, entres marécages et montagnes.

Exténués, on arrive enfin à la première hutte indiquée sur la carte. Le monsieur nous avait dit « Vous allez atteindre cette hutte, située à mi-chemin, en début d’après-midi. Ne vous arrêtez pas, vous avez le temps de continuer jusqu’à la suivante ».

5 jours pour faire le trek Kapisillit-Nuuk, ça ne sera pas suffisant…

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A très vite pour la suite de l’aventure !

Clo & Clem

 

15 commentaires

  1. Beaucoup de gens qui partent en treks mettent trop de chose dans leur sac. Invoquant la sécurité, le confort. Cela les ralentit, les fatigue, leur procure moins de confort et les mets, parfois, en danger.

    plus de 35kg, à 2, c’est décidément trop.

    « Pourtant, très peu de personnes s’y risquent. On sait maintenant pourquoi… » Ce n’est pas que très peu de gens s’y risquent, c’est que c’est cher d’y aller 😉 Après renseignement, le seul risque, c’est de partir mal préparé, avec trop peu d’expérience. Soyez plus prudent…

    1. La leçon principale qu’on peut tirer de notre première expérience de trek en autonomie : quand on se lance dans la nature, il faut être extrêmement conscient des obstacles qui peuvent se présenter à nous sur un terrain non aménagé par l’homme. Je crois qu’on avait trop l’habitude de randonnées sur des chemins propres et balisés. À partir du moment où on a conscience des risques, on comprend par la même occasion qu’un sac peut être très rapidement encombrant. Trop volumineux, vraiment trop lourd… Maintenant on le sait 🙂

      1. C’est dommage de ne pas profiter du trek par manque de prévision en surestimant ses forces. Le manque d’équilibre et de stabilité auraient pu transformer cette aventure qui finit bien en aventure qui finit mal…
        Au final, la lecture de votre article m’a amené à rédiger le mien : Comment réduire son sac de randonnée

        https://www.1001-pas.fr/comment-reduire-poids-sac-randonnee/

        Cela pourrait vous être utile pour votre prochain trek. 😉

  2. Quels paysages magnifiques ! Et la hutte est trop mignonne (et minuscule) ! Mais la falaise… Ouille ouille ouille ça fait vraiment peur sur les photos, j’ose même pas imaginer en vrai ! Merci de nous faire découvrir cette partie inconnue du globe ! Vivement le prochain article !

    1. En vrai la falaise n’était pas si énorme et infranchissable 😀 la preuve, les locaux ont tout simplement marché dessus. Mais sur le coup ça nous a vraiment semblé totalement impossible (pas tant que ça si finalement on a réussi) 🙂

  3. Comme Piotr la première chose qui m’est venue à l’esprit c’est : « mais pourquoi sont-ils partis si chargés ??? » Pour un trek il doit bien y avoir des choses qu’on peut laisser quelque part pour les récupérer plus tard. Enfin, je ne sais pas ce que vous avez embarqué, mais je suis soulagée de savoir que vous allez bien ! Take care, be careful !!

    1. C’est la première et dernière fois qu’on fait un trek avec des sacs aussi lourds. Quand on a un gros sac, on à tendance à remplir à fond de choses qui, sur le coup, paraissent super utiles. Plus tu as de la place, plus tu trouves qu’amener plusieurs popottes à une utilité vitale. Avant d’entamer notre prochain la semaine prochaine on va laisser une bonne partie de notre chargement ici 🙂

  4. Passionné du Grand Nord, j’ai beaucoup aimé lire votre article et découvrir votre blog.

    Cependant, une chose me turlupine: selon le récit, alors que Clo est en danger et remonte la falaise à ses risques et périls, Clem est plus bas et s’occupe à prendre des photos de sa copine en train d’en baver.

    Mais est-il vraiment judicieux de prendre des photos dans une situation pareille? Si oui, pourquoi? La question est neutre et ouverte, je ne cherche pas à juger.

    J’ai déjà été dans des situations semblables et je me suis souvent posé cette question. Est-ce que ça vaut le coup de gesticuler encore plus pour prendre une photo alors que la situation est délicate? N’est-ce pas augmenter le danger? Se déconcentrer? Et n’aurais tu pas pu aider Clo d’une autre manière?

    En tout cas, j’ai hâte de lire ta réponse 🙂

    A bientôt,

    Léon.

    1. Hello 🙂
      En fait, quand j’étais bloquée, je lui ai dit : « Prends moi en photo pour que tout le monde sache que ce trek c’est un truc de fou! ».
      Il a refusé :  » Je ne vais pas te prendre en photo alors que tu peux mourir « .
      J’ai insisté, il a refusé :  » non, si ça se trouve c’est les dernières images de toi ».

      Et je lui ai dit que de toute façon si je tombais il n’allait pas pouvoir me retenir (à cause du poids du sac) (oui c’est glauque)

      Il a accepté de prendre en photo quand j’étais bloquée et non en mouvement.

      On est resté longtemps sur la falaise à réfléchir sur le chemin que je pouvais emprunter. (Oui on aurait pu faire demi-tour – mais avec une dose de bêtise on ose tout).
      Puis j’ai eu l’idée de monter. Ça a été difficile mais il m’a aidé comme il l’a pu en l’indiquant les prises qu’il pouvait voir d’en bas. Le mieux qu’il pouvait faire c’était de m’encourager à fond, et je crois que dans ces cas là on a envie de se dépasser.

      Une fois quasiment arrivée en haut, il a repris des photos de moi 🙂

  5. Oh c’est chouette, on se dépasse, on a peur aussi, mais le cerveau travaille vite et bien pour trouver une solution.
    Moi j’ai eu quelques frayeurs à deux reprises sur deux treks différents, style la fin c’est maintenant, et bien je peux vous dire qu’il n’y a eu aucune photo à ce moment là 😉

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