Bali : Assister à une crémation royale

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Ce jour là, le gérant de notre guesthouse vient nous voir de bonne heure.

« – Vous ne devez pas manquer la grande cérémonie aujourd’hui ! » insiste-t-il.

– Quelle cérémonie ?

– La crémation royale, c’est un grand événement ici ! Il y aura beaucoup de monde, même des journalistes internationaux, vous devez y aller ! »

Crémation royale ? C’est un peu flou pour nous. Clem a déjà assisté à des crémation en Inde, à Varanasi où les corps sont brûlés sur d’immenses bûchers. Certaines familles n’ont pas suffisamment d’argent pour payer le bois, alors les morceaux de corps qui n’ont pas brûlé sont directement jetés dans le Gange. D’après ce que l’homme nous dit, cette future crémation n’a rien de glauque. Il parle de « fête ».

La Cérémonie de la crémation : une fête à Ubud

L’événement se déroule aux environs de midi devant le temple Pura Dalem Puri à Ubud.

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Nous croisons le cortège funèbre. Rien à voir avec nos cortèges sobres où des hommes et des femmes, aux visages graves, suivent le cercueil habillés de noir. Non, ici c’est un véritable spectacle. Des musiciens jouent des morceaux rythmés. La foule, constituée de centaines de personnes, s’agite au passage du sarcophage : un cheval décoré de dorures, suivi d’une tour majestueuse, le tout porté à la force des bras par des dizaines d’hommes.

Le cortège s’arrête sur la place devant le temple. La place est bondée, des vendeurs ambulants passent en proposant des chapeaux, des boissons, et même des popcorns.

Les enfants sont éblouis par le show.

Les deux groupes de musiciens s’installent de part et d’autre de la place. Le cheval est placé, non sans difficulté, sur une plateforme au centre. La tour est placée derrière lui, collée à une construction de bambous qui fait office d’escaliers.

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La famille royale arrive. Les femmes sont vêtues de robes noires en dentelle et ont des fleurs dans leurs chignons. Dans leurs bras des offrandes, un cochon grillé, des fruits, des fleurs, et des portraits de la défunte.

Ils tournent autour du cheval, les musiciens continuent de jouer frénétiquement. Ce sont maintenant des milliers de personnes qui s’entassent sur la place.

Une porte en haut de la tour s’ouvre. Un homme, le prince d’Ubud sort. Ému, il du mal à marcher. Après lui, on sort d’autres offrandes : du beau linge, de l’argenterie…. Puis un cercueil en carton dans lequel se trouve le corps.

Les hommes se disputent pour avoir l’honneur de porter le cercueil autour du cheval.

Au dessus, deux drones filment la scène. Au sol, les nombreux photographes immortalisent l’événement.

Pendant ce temps le haut du cheval est découpé. On comprend que le corps va être placé dedans.

Que la crémation commence !

Comme on pouvait s’y attendre, ils enlèvent le corps du cercueil de carton pour le placer dans le cheval. Le corps, enveloppé dans un drap, est d’abord mis à nu avant d’être recouvert de draps de soie par une femme, la fille de la défunte. Les offrandes sont ensuite disposées autour du corps. Le vent balaye quelques billets qui sont rattrapés aussitôt puis replacés dans le sarcophage.

La famille proche monte faire les adieux une dernière fois, puis le sarcophage est refermé, et des plaques d’aluminium sont placées de chaque côté.

La construction est ensuite aspergée d’essence. C’est le prince d’Ubud en personne qui allume le feu. Le cheval s’embrase doucement. Aucun périmètre de sécurité n’a été mis en place autour du foyer.

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Le feu s’élève tout d’un coup, la foule recule. Les flammes consument à toute vitesse le cheval, et une partie de la structure s’effondre.

La famille royale prend la pose pour les photos.

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Cette cérémonie leur a coûté plus de 150 000 $ et deux mois de préparation.

Grâce à la crémation, l’âme de la défunte peut enfin rejoindre les 5 éléments (terre, vent, feu, eau et éther).

Nous quittons les lieux avant de vomir

Un bruit sourd retentit soudainement. Tout le monde se tourne vers le cheval qui n’est pas totalement consumé.

Le corps, quasiment intact, est tombé. De là où nous sommes nous voyons la tête et un bras. Vision d’horreur.

Des hommes finissent le travail à l’aide de lances flammes. On peut voir les doigts de la défunte se crisper sous la chaleur.

Les gens, avec leurs enfants, regardent. La famille continue de prendre la pose avec les notables de la ville. Les drones s’approchent au maximum du feu pour ne rien rater du moment.

L’envie de vomir nous prend. Nous n’avons pas le même rapport à la mort, et ce « spectacle » nous dégoûte. Traumatisés, nous quittons rapidement les lieux.

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80 % de la population à Bali est Hindouiste. Le recours à la Crémation est donc quelque chose de normal. C’est ainsi que commence notre séjour à Bali, avec ce choc des cultures.

Connaissez-vous d’autres traditions dans le monde qui, pour nous, sont choquantes ?

Clo & Clem

8 commentaires

  1. Bel article ! Concernant d’autres « rites » choquants pour notre vision occidentale, je pense peut-être au fait de donner les corps aux vautours chez les bouddhistes ou encore la réelle crucifixion pour le Vendredi Saint aux Philippines …
    je n’ai jamais eu l’occasion d’y assister mais cela doit être particulièrement déconcertant …

    1. Choquant ! On connaissait le corps donné aux vautours en haut d’une montagne chez les Tibétains, la crucifixion par contre… Je me demande comment de leur côté ils voient nos enterrements ?!

  2. Wahou sacrée expérience !
    Le 8 novembre dernier on a découvert la fête des crânes à la Paz. Toute l’année ils gardent les crânes de leurs ancêtres dans leur salon et ce jour-là ils les mettent dans un petit baluchon et les emmènent au cimetière pour les exposer. Ils leur mettent des lunettes de soleil, un chapeau, leur donnent des feuilles de coca dans la bouche ou des cigarettes allumées. Et ils se font prendre en photo avec leurs ancêtres. Dis comme ça cela parait glauque, mais c’était une fête extrêmement joyeuse. Un autre rapport à la mort. Un très beau moment.

  3. En effet, il doit y avoir un sacré choc à voir ça et encore, ça ne me dérange pas de regarder, j’ai jamais été sensible à tout ça.

    Quoiqu’il en soit, ca devait être une énorme cérémonie. J’ai cherché sur Youtube et je pense avoir trouvé une vidéo sur le sujet, ci c’est la bonne, on voit en effet le corps tombé, mais je vois pas les lances flammes, c’est surement après qu’ils l’ait descendu.

    En tout cas, merci du partage.

  4. Ouuuf encore sans l’épisode morbide de la fin, j’imagine que ça aurait été plus facile à voir comme cérémonie! Quand j’étais en Inde, j’ai vu de loin une crémation (sur le Gange, forcément, il y en a toujours). Déjà je trouvais ça vraiment limite même en étant à une bonne distance, mais là, vraiment je sais pas comment j’aurais réagi. C’est quand même fascinant de voir à quel point notre relation avec la mort et le mort- enfin, le corps- est vraiment différente selon la culture.

  5. Salut vous deux

    Mes parents m’ont aussi parlé à l’époque où ils vivaient à Madagascar de la cérémonie de nettoyage des squelettes enterrés !
    En fait on déterre les corps (lors d’une période équivalente au vendredi saint chez nous) et on frotte les os pour leur redonner une beauté !
    Je me rappelle qu’à l’époque j’avais trouvé ça choquant mais maintenan je me dis que c’est un rapport à la mort différent du nôtre et que finalement c’est peut etre pas plus mal que la mort soit aussi considérée comme un évènement festif 🙂

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