Chine : des pandas au Bouddha, visite du Qinghai et du Sichuan

Le Tibet étant totalement fermé aux touristes pour le mois de mars, nous n’avons pas d’autre choix que de patienter 30 jours.
Un mois de voyages, normalement, c’est plutôt long. Mais pour la Chine, c’est ridiculement court. Le pays est immense. Pour se déplacer d’une ville à l’autre il faut souvent une vingtaine d’heures de train.
Heureusement, nous avons prévu de refaire étape en Chine après notre passage en Océanie. Nous aurons alors plus de temps pour visiter les célèbres provinces de l’Ouest.

Nous profitons de ce mois en Chine pour reprendre des forces. Nous sommes sur la route depuis plus de 3 mois et nous commençons à manquer de carburant. C’est l’occasion de se poser un peu plus et d’expérimenter pendant quelques jours la vie quotidienne en Chine.

Nous décidons donc de limiter nos déplacements et de visiter uniquement les provinces autour du Tibet: le Qinghai et le Sichuan.

 

Visiter le Qinghai, province de l’Ancien Tibet

moines au monastère Kumbum Xining Qinghai
des moines de la Province du Qinghai, l’Ancien Tibet

La capitale de la Province du Qinghai est Xining. C’est une ville moderne qui ne cesse de s’accroître. La gare principale étant en travaux, nous nous arrêtons dans une gare en périphérie de la ville. A perte de vue, nous découvrons d’immenses barres d’immeubles en construction. Nous sommes pris d’une sensation de vertiges. Collées les unes aux autres dans un quartier sans âmes et sans commerces, ces immenses tours vides regorgeront bientôt de centaines de milliers de Chinois.

construction bâtiments Chine Qinghai Xinging

Ce n’est pas un mythe, la Chine se développe à une vitesse folle. Jusqu’à maintenant, nous n’avions traversé que des chaînes de montagnes et des déserts, nous sommes donc sous le choc comme si nous avions soudain changé de pays voir même de continent.

En arrivant dans le centre-ville, les surprises continuent. On découvre de grandes avenues commerçantes bordées de centaines de boutiques de vêtements et de téléphonie. Nous retrouvons des enseignes de restauration familières : KFC, Pizza Hut, des cafés semblables à Starbucks et même des boulangeries !

La ville ressemble finalement à toutes nos capitales occidentales.

Nous sommes bloqués quelques jours en ville pour pouvoir prolonger notre visa. Nous en profitons donc pour nous promener. Les panneaux étant tout en chinois, nous nous perdons bien vite. La ville nous semble immense. Heureusement, dès que nous nous perdons, nous tombons toujours sur quelqu’un pour nous aider.

boulangerie Chine Aili Xining Qinghai
Notre boulangerie préférée à Xining : Aili. Surprise, c’est écrit en français !

Incapables de trouver le chemin de notre auberge de jeunesse, nous tombons par chance sur une jeune femme qui parle anglais. Elle nous explique qu’il faut prendre 2 bus. Alors que nous montons dans le premier bus, nous nous rendons compte que nous n’avons pas de monnaie pour payer. Spontanément, un jeune garçon nous offre les 2 yuans pour que l’on puisse monter. La jeune femme, ayant vue la scène, monte alors dans le bus et décide de nous accompagner jusqu’à l’hôtel pendant sa pause déjeuner. Arrivés au second arrêt de bus, elle découvre que la ligne vers
notre hôtel n’existe plus. Nous décidons de prendre un taxi pour finir le trajet. Enfin arrivés à destination, il nous faudra insister longuement pour pouvoir payer la course.

Nous sommes toujours aussi surpris et heureux de voir l’élan de solidarité des gens quand nous avons besoin d’aide. En Chine, du moins dans les provinces de l’ouest, quand un étranger semble égaré, les rares personnes qui parlent anglais feront généralement tout leur possible pour apporter leur aide.

Après plus d’une semaine à Xining, on commence à prendre nos habitudes, à ressentir le pays autrement. On se sent un peu comme à la maison.

Non loin de là se trouve le monastère de Kumbum. Il suffit de prendre un bus spécial qui nous y amène en 45 minutes pour seulement 3 yuans.

monastère Kumbum

monastère Kumbum

pelerins monastère Kumbum Xining Tibet Qinghai

Le monastère de Kumbum (prix de l’entrée : 80 yuans) est un véritable village, un complexe d’une dizaine de monastères.

Malheureusement, cette visite nous laisse très vite de marbre.
On imaginait un lieu paisible et serein et nous voilà encerclés par des cars de touristes chinois surexcités. Les temples se succèdent, de plus en plus gros, de plus en plus majestueux. A l’intérieure, les pèlerins déposent des liasses de billets (heureusement des liasses de centimes de yuans) aux pieds d’immenses statues de Bouddhas en or.

L’opulence semble être la vertu principale dans ces lieux de culte touristiques. Quelle déception…

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Visiter le Sichuan : les pandas de Chengdu et le Bouddha géant de Leshan

Une fois nos visas prolongés, nous quittons Xining direction Chengdu, la capitale de la province du Sichuan. 24 heures de train séparent les deux villes. Heureusement, cette fois-ci, nous avons réussi à acheter des places en couchettes « dures ». Nous partons un lundi matin et notre wagon est étonnamment vide.

Après 24 heures au calme dans notre « wagon privé », nous sommes choqués en arrivant à la gare de Chengdu. Des milliers de personnes se pressent dans un espace équivalent à 5 gares Montparnasse. Immense ! Pour les grandes affluences, notamment au moment des vacances, le hall est « trop petit » pour accueillir tous les passagers. Le parvis de la gare peut alors accueillir largement plus de 100 000 personnes. Plus nous nous approchons de la côté est, plus nous nous rendons compte de la démesure de la Chine.
Kachgar comptait « seulement » 350 000 habitants, Xining en a 3 fois plus et Chengdu 12 fois plus (30 fois plus en comptant l’agglomération). Nous n’osons pas imaginer Pékin.

Malgré sa taille, Chengdu n’a que deux lignes de métro qui traversent la ville en horizontal et en verticale. Heureusement, le système de bus est vraiment très bien développé et efficace. Les bus sont neufs et le passage est régulier.

Chengdu est un incontournable des voyages en Chine. Et pour cause, 80 % de la population mondiale des pandas géants se trouvent dans le Sichuan. Chengdu c’est la ville des pandas !

centre de recherche et d'élevage du panda géant Chengdu Sichuan
Le centre de recherche et d’élevage du panda géant dans le SIchuan

On nous a conseillés de faire du volontariat dans une réserve de pandas, ce qui nous tentait bien. Mais, une fois sur place, on se rend vite compte que le volontariat est devenue une activité touristique monnayée à prix d’or. Symbole de cette dérive, on peut faire une photo en compagnie d’un panda contre la modique somme de 250 euros. 250 euros pour s’approcher 30 secondes d’un panda et prendre une photo…

L’auberge de jeunesse où nous séjournons propose des visites d’une demi-journée à un prix correct. Nous acceptons donc. Nous nous rendons au centre de recherche des pandas géants, situé à moins d’une heure de route.

Le tour commence très tôt le matin pour pouvoir assister au déjeuner des pandas. C’est le seul moment où ces grosses peluches paresseuses sortent un peu de leur torpeur.

panda géant bambou

pandas géants Sichuan Chengdu repas

Bien que la réserve ressemble plus à un simple zoo de pandas, on doit bien admettre que ces petites bébêtes sont trop mignonnes ! On adore les bébés pandas qui se chamaillent à côté de leurs parents assis (ou plutôt complètement affalés) pour grignoter des kilos de bambous.

bébé panda Sichuan Chengdu

panda dort
Comment ce bébé panda a pu monter en haut de l’arbre ?

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Cerise sur le gâteau, une petite partie du parc est consacrée aux pandas roux.

panda roux sichuan chengdu

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En fin de matinée, nous rentrons à Chengdu et décidons de visiter le centre-ville. Les buildings sont immenses et neufs. On a l’impression de se balader à la Défense (en bien plus grand). Le quartier regorge de boutiques de marques internationales (Gap, United colors of Benetton…).

centre ville Chengdu Sichuan
La capitale du Sichuan de nuit

On découvre également un énorme centre commercial consacré aux marques de luxe (Yves St Laurent, Longchamps…). Les articles importés y sont vendus le double, parfois même le triple du prix en France.

La ville est riche et, à en juger par ces magasins bondés, l’économie se porte très bien. Malgré la foule, Chengdu n’est étonnamment pas étouffante et même agréable.

A quelques heures de bus de Chengdu, dans la petite ville de Leshan, se trouve le plus grand Bouddha au monde.

La ville de Leshan n’a pas vraiment d’intérêt. Les touristes s’y arrêtent quelques heures pour admirer la statue géante du Bouddha et repartent aussitôt.

Le Bouddha, construit au 8ème siècle, fait 71 mètres de haut. Il est directement taillé dans la falaise.

Assis, il contemple impassible les milliers de touristes chinois qui se pressent pour prendre des selfies en sa compagnie. Même la prière est transformée en activité touristique… Des guides expliquent les gestes à faire et les groupes de chinois s’exécutent en rigolant. Pour la dimension « mystique » du lieu on repassera, mais le monument vaut quand même le détour.

bouddha géant Leshan
on peut deviner la taille du Bouddha en regardant les personnes à ses pieds

bouddha Leshan géant taille

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 bouddha de Leshan depuis bateau

A quelques kilomètres de Leshan se trouve la montagne d’Emei Shan. De nombreux monastère se sont construits sur les flancs de la montagne et proposent aux visiteurs d’y passer la nuit. L’occasion rêvée de vivre enfin quelques heures dans un endroit calme empreint de spiritualité.

Durant notre trajet en bus entre Chengdu et Leshan, on a fait la connaissance d’une jeune chinoise, Jevi. Tout comme nous, elle a planifié d’y passer le week-end. Elle nous propose alors d’y aller ensemble.

Malheureusement, le temps se gâte. Il fait gris et froid. Nous demandons conseil autour de nous et tout le monde nous dissuade d’y aller dans ces conditions. Ultime signe du destin, arrivés à la gare routière, nous apprenons que nous avons ratés le dernier bus pour Emei Shan. Espérons que nous aurons plus de chance au Tibet !

Jevi, déçue de ne pas pouvoir y aller avec nous, propose qu’on se revoit à Chengdu. Elle nous invite à déjeuner dans son restaurant préféré. Elle veut nous faire découvrir toutes les spécialités culinaires de sa Province. On y mange la meilleure soupe de raviolis de notre vie.

 

Faire du cheval à Songpan, où comment un trek de 3 jours dans l’Ice Mountain a tourné au désastre

montagnes du Sichuan Ice mountain Songpan

De retour de Leshan, nous quittons immédiatement Chengdu direction Songpan, dans le nord de la Province du Sichuan.

Mathilde, une Française avec qui nous avons sympathisé à l’auberge de jeunesse, nous propose de l’accompagner faire un trek à cheval dans les montagnes du Sichuan.

Le village de Songpan est à 8 heures de bus de Chengdu. Comme souvent depuis le début de notre tour du monde, nous sommes hors saison. De ce fait, les sites sont généralement vides de touristes et beaucoup plus agréables à visiter. Mais pour Songpan cela pose problème.

Nous sommes encore en hiver et il fait très froid dans les montagnes. La saison des treks commencent dans quelques semaines et les chevaux sont utilisés dans les champs pour labourer. Après quelques coups de fil, la gérante de notre auberge trouve un guide qui accepte tout de même de nous emmener pour 3 jours.

trek cheval sichuan songpan

Nous acceptons, et dès le lendemain matin, nous voilà embarqués sur nos petites montures dociles. Au programme des trois jours : du cheval dans des paysages grandioses, deux nuits dans un village tibétain reculé et une randonnée jusqu’au pied d’une montagne surnommée Ice
Mountain. Les repas sont compris, nous serons accueillis par une famille tibétaine dans une maison traditionnelle et notre guide nous fournira des habits tibétains pour supporter le froid. C’est du moins ce qu’on nous a vendu.

A peine partis, nous prenons de la hauteur et pouvons admirer les incroyables panoramas. Nous avons vraiment la sensation de partir à l’aventure. Quel pied !

descente village tibétain sichuan songpan

montagnes sichuan trek cheval sonpgan

Le chemin n’est pas toujours de bonne qualité. La neige est encore bien présente par endroit et lorsqu’elle a fondue, elle transforme notre piste en patinoire de boue. Les chevaux avancent avec difficulté en manquant plusieurs fois de tomber au bord du précipice. Mais notre guide ne semble pas du tout s’en soucier. Après quelques heures, les chevaux sont épuisés. Mais dès qu’ils se penchent pour boire, notre guide les fouette pour les forcer à avancer.

A notre tour, nous commençons à manquer de force. A 15 heures, nous demandons au guide (qui ne parle pas anglais) de s’arrêter pour déjeuner. Alors que nous nous apprêtons à descendre de nos montures, il nous en empêche et nous dis qu’il faut continuer à avancer et que nous aurons à manger au village.

La fin de la journée se transforme en calvaire. Nous sommes affamés, cela fait des heures que nous avançons sans faire la moindre pause (une petite pensée pour l’entre jambe de Clem…) et il commence à faire extrêmement froid.

Alors que la neige commence à tomber, nous apercevons enfin une maison puis un village. A notre grande surprise, les maisons sont immenses et flambant neuves. Il y a même une route et quelques voitures…

trek cheval hiver songpan

route Songpan montagnes Sichuan

Déçus par le village absolument pas authentique, nous sommes tout de même très soulagés d’arriver.

Épuisés et morts de faim, nous sommes déposés dans la cour d’une grande maison en béton. Personne n’est là pour nous accueillir. Le guide s’occupe des chevaux et ne se soucie pas du tout de nous. Au bout d’un certain temps, une femme sort d’une petite cahute en béton que nous prenions pour des toilettes. Elle nous fixe sans sourire comme si nous n’étions pas attendus. Puis, finalement, elle nous fait signe de rentrer dans la minuscule pièce.

À l’intérieur, quatre hommes jouent aux cartes et boivent de l’alcool autour d’un réchaud. La femme nous fait signe de nous asseoir et s’installe devant une petite télé à écran plat. Tassés au coin du feu, nous observons cette scène complètement ahuris.

Le guide finit par rentrer et explique à la femme que nous avons faim. Elle se lève péniblement puis nous sert des restes de précédents repas… Dégoûtés, nous avalons quelques cuillères puis demandons à aller nous reposer dans notre chambre. On nous amène alors dans un grand dortoir jonchés de mouchoirs usagés. Alors que d’autres pièces sont dotés de télévisions dernier cri, nous n’avons pas de chauffage. Pas même un petit réchaud. La pièce est glaciale, même dehors il fait plus chaud. Pour couronner le tout, notre guide n’a pas amené les vêtements chauds qu’on nous avait promis.

Nous protestons mais la femme ne veut rien entendre et devient très désagréable. Nous n’avons pas d’autres choix que de rester dans cette pièce. Nous décidons tout de même de récupérer toutes les couvertures (sales) du dortoir et de dormir avec tous nos habits.

froid hiver montagnes Tibet Sichuan Sonpgan trek cheval
Non, nous n’allons pas au ski, mais au lit !

Après une très mauvaise nuit, nous décidons de mettre fin au calvaire et annonçons au guide que nous voulons rentrer. Il n’est pas imaginable de rester une nuit de plus dans ces conditions même si cela nous empêche d’aller jusqu’à la Ice mountain, l’apothéose du trek.

Pour le retour, nous empruntons un autre chemin, beaucoup moins périlleux et plus rapide que celui de la veille.

A notre arrivée, le guide échange quelques mots avec la gérante de l’auberge puis s’en va comme si de rien n’était. Nous demandons à la gérante à être remboursé de la troisième journée de trek, mais elle nous explique qu’elle ne peut rien faire. Le guide lui a dit que nous étions rentrés à cause du froid. C’est donc entièrement de notre faute.

Calmement, nous lui expliquons ce qu’il s’est réellement passé. Elle appelle alors notre guide pour trouver un arrangement. Elle nous explique qu’elle n’a jamais vu personne rembourser un trek déjà payé mais qu’au vu des circonstances, il est obligé de nous en rembourser une partie. Même si le remboursement ne couvre pas totalement la journée perdue et encore moins le préjudice du trek raté, nous sommes tout de même rassurés de constater que nous avions raison de nous plaindre et de rentrer.

paysages Tibet Montagnes Sonpgan

La gérante de l’auberge nous explique alors pourquoi nous avons été si mal accueillis. Pour endiguer le mouvement de protestation tibétain qui s’est propagé dans le Qinghai et qui commençait à atteindre la province du Sichuan, le gouvernement a versé aux habitants de grosses sommes d’argent pour qu’ils puissent se construire de belles grosses maisons. En remerciement, la majorité de la population a cessé de protester. Mieux, ils font dorénavant du zèle et soutiennent ouvertement le gouvernement central en installant sur leur maison des drapeaux chinois et des grands portraits de Mao. Accueillir des touristes est donc devenu le cadet de leurs soucis.

C’est très inquiets que nous repartons de Songpan en direction de notre prochaine destination, le Tibet. L’argent du gouvernement et les touristes chinois peu scrupuleux ont-ils envahis, corrompus et dénaturés cette région mythique ?

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Vous le saurez au prochain épisode !

A très bientôt 🙂

Clo & Clem

3 commentaires

  1. Super séjour !!! Surtt pr le trek… Qd je lis vos péripéties ça donne des envies de s’évader (pas nécessairement mourir de froid….), un bon article à garder sous le coude si un jour j’ai l’occasion d’aller dans cette région de Chine !!!
    Bon séjour au Tibet !!!

  2. Bonjour,
    Dis donc votre découverte de la Chine n’a pas été de tout repos, j’espère que tout sera un peu plus facile lors de votre prochain passage… je vous imagine bien dans votre auberge toute sale, sans chauffage et sans bouffe!
    Sinon je n’ai pas encore visite le Sichuan, il faut que j’aille voir ces fameux pandas, même si à Hong Kong on en a déjà, ils sont en petits nombres…
    J’ai hate de découvrir le Tibet maintenant

  3. Coucou les amis ! J’ai bien pensé à vous ces derniers temps, nous sommes au Sichuan depuis 15 jours. Je viens de lire votre article, que de péripéties ! Complétement d’accord pour la Réserve de pandas c’est plus un zoo mais ils sont trop chouxxxx, on a quand même préféré les pandas roux

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