Au cœur du Tibet : voyage sous haute-surveillance

Et voilà, après un mois d’attente, nous touchons enfin au but : le Tibet. Comme beaucoup, nous avons été marqué par le film Sept ans au Tibet. Mélange de fantasme, de rêve et d’utopie, nous sommes impatients de découvrir ce monde perché dans l’Himalaya.

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Première étape : passer la multitude de contrôles pour se rendre à Lhassa

Pour rentrer au Tibet, rien n’est simple, même avec le permis en poche. Après quelques semaines d’attente, nous recevons enfin le mail libérateur : la photocopie du permis. Ni une ni deux, nous nous rendons aussitôt à la gare pour récupérer nos billets réservés par l’agence. Premier contrôle : au guichet, nous devons présenter nos passeports et le permis. Tout est inspecté avec minutie. Une autre employé et même un supérieur s’approchent et vérifient à leur tour nos documents. « Est-ce qu’il y a un problème ?!? ». Leurs visages graves nous pétrifient sur place. Puis, l’employé nous tend les billets et nous souhaite bonne journée. Ouf !

3 avril, nous nous levons très tôt pour ne pas rater notre train pour Lhassa. Dans le taxi, nous vérifions une trentaine de fois que nous avons bien tous les papiers. A l’entrée de la gare, nous tendons nos billets de train. A la vue de notre destination, le contrôleur prend à nouveau un air très grave puis nous demande de nous ranger sur le côté.

5 policiers armés se dirigent alors vers nous, nous demandent nos permis puis repartent sans nous donner d’explication. Après quelques minutes d’attente, on nous autorise enfin à rentrer dans la gare. Histoire d’être bien certain que personne n’entre illégalement, nous sommes également contrôlés à l’entrée du train. Il faudrait être littéralement fou pour essayer de rentrer au Tibet sans permis en prenant le train…

Tibet : gare de Lhassa
L’immense gare de Lhassa est toute neuve

À peine arrivés à Lhassa, un homme nous demande à nouveau nos papiers. Tous les Occidentaux et les Tibétains sont regroupés puis amenés à un rapide contrôle à la sortie de la gare. Les commerçants et touristes chinois quittent ensuite la gare sans problème. Nous sommes amenés au poste de police situé directement sur le parvis de la gare. On nous enregistre sur le système informatique, puis on nous relâche enfin. Bienvenue au Tibet !

 

La beauté du Tibet au service de la propagande chinoise

 

Le trajet en train de Xining à Lhassa est déjà spectaculaire. 24 heures de train à travers les montagnes. Le plateau tibétain s’élève en moyenne à plus de 4000 mètres d’altitude. La voie ferrée que nous empruntons est la plus haute du monde avec des passages à plus de 5000 mètres.

A notre réveil, nous découvrons des passagers livides, agonisants sur leur couchette. Le mal des montagnes est redoutable. Heureusement, le train est équipé de dispositifs de masques à oxygène pour permettre aux personnes en souffrance de respirer un peu. Acclimatés par nos semaines passés dans les montagnes kirghizes et chinoises, nous ne souffrons heureusement que d’un léger mal de tête. Très vite, nous n’y pensons même plus, hypnotisés par les paysages incroyables qui défilent autour de nous.

train à couchette Tibet Xining-Lhassa
L’intérieur du train à couchettes dans le train direction le Tibet

paysage Tibet Himalaya

Le trajet en train donne un sublime premier aperçu du Tibet : des glaciers impressionnants, de grandes étendues désertes, des villages traditionnels perchés dans les hauteurs et des lacs d’un bleu profond. Toute la beauté du Tibet s’offre peu à peu à nous. Arrivés à Lhassa, nous sommes aussitôt pris en charge par notre jeune guide tibétain. Nous avons peu de jours et un programme chargé. Les premiers jours sont consacrés à la visite de la capitale tibétaine. Surtout connue pour le palais du Potala, la ville recèle tout de même d’autres trésors.

palais du Potala Lhassa Tibet

cour Palais Potala Lhassa Tibet

Nous commençons nos visites par le monastère de Sera. Il s’agit d’un immense ensemble de lieux de vies et de prières qui pouvaient accueillir plus de 10 000 moines (mais qui n’en regroupe plus que 700 aujourd’hui). Nous sommes impatients d’en visiter les moindres recoins.

salle prière temple Lhassa Potala Tibet

Mais notre guide calme très vite nos ardeurs en listant l’ensemble des choses que nous n’avons pas le droit de faire : – interdiction d’emprunter les petites ruelles – Interdiction de parler aux moines – Interdiction de se balader dans les montagnes – Interdiction de visiter d’autres temples que le temple principal Si nous désobéissons, nous ne risquons pas grand chose. Ce sont les moines qui gèrent le temple qui seront punis. Difficile de faire plus dissuasif…

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Tibet moine Lhassa
La seule fois où nous avons désobéis à la règle : un moine nous a invité à le rejoindre dans un temple, nous avons médité ensemble en écoutant le bruit des tambours. Excellent moment authentique.

Nous nous rendons alors compte de la stratégie du gouvernement chinois. Tout est mis en œuvre pour faire oublier un passé (et présent) gênant. Les endroits que nous avons le droit de visiter ont été entièrement rénovés. Les destructions commises par les militaires chinois lors de l’invasion du Tibet ont disparu comme par magie. Mais derrière les apparences, la réalité est bien moins rutilante. Il suffit de lever les yeux pour voir à chaque coin et recoin du monastère des caméras surveillant les touristes et les moines.

Alors que nous nous séparons du groupe pour soulager une envie pressante, nous nous trompons de chemin et arrivons dans un cul de sac. Derrière le muret, nous découvrons une dizaine de temples en ruines. La partie du monastère interdite aux touristes se dresse face à nous. Une fois le groupe retrouvé, nous expliquons au guide ce que nous venons d’apercevoir. Il nous explique alors le travail de propagande orchestré par le régime chinois.

Les circuits touristiques montrent un Tibet calme et préservé. Les touristes chinois qui visitent le Tibet reviennent ensuite dans leur province persuadé de la bonne politique du gouvernement et de la mauvaise fois des indépendantistes tibétains. D’après notre guide, le gouvernement de Pékin tente même de changer l’Histoire. Les jeunes écoliers chinois apprennent une nouvelle version des faits. Une version qui explique que les temples tibétains ont été détruits par une expédition militaire anglaise au début du XXème siècle et non par l’invasion chinoise.

joute oratoire moine Tibet
joute oratoire des moines au Tibet

 

Des temples remplis d’or et des pauses photos de 5 minutes

Nous poursuivons nos visites par le monastères de Drepung, le temple de Jokhang et le mythique palais du Potala. Très vite, nous sommes frappés par l’opulence de ces lieux de prière. Nous pensions rencontrer une religion mettant en valeur l’ascétisme et nous découvrons des temples gorgés d’immenses statues en or. Nous avions peur de déranger des moines en méditation et nous les contemplons compter les liasses de billets donnés en offrande par les pèlerins. Nous ne savons plus que penser…

tibetais pelerins temple Tibet

temple Tibet

Les visites sont intéressantes, les lieux sont magnifiques et les Tibétains sont adorables, toujours avec le sourire. Mais Lhassa, désertée par le Dalaï Lama, semble avoir perdue son âme.

tibétain Lhassa

Nous repartons de la capitale tibétaine par la route de l’Amitié qui relie Lhassa à Kathmandu. Avec des passages à plus de 5000 mètres d’altitude, les paysages s’annoncent littéralement à couper le souffle. Mais notre premier arrêt brise instantanément nos espoirs de liberté. Alors que nous sortons de la voiture, notre guide nous lance : « You have 5 minutes. Take a photo and come back. » (« Vous avez 5 minutes. Prenez une photo et revenez. »). Nous avons devant nous un lac magnifique entouré de montagnes de plus de 7000 mètres, mais nous ne pouvons pas en profiter.

Impossible d’improviser une petite balade ou un pique-nique. Il faut suivre le groupe et notre guide qui ne se soucie que de l’heure. La plupart du temps, il nous faudra contempler les paysages derrière la vitre de la voiture.

lac yamdrok Tibet

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Quand la police nous offre quelques heures de « liberté »

Avant d’arriver en zone Everest, notre guide doit nous obtenir des permis spéciaux. A priori, nous n’avons pas de souci à nous faire, tout est organisé par l’agence. Au poste de police, nous découvrons un poster assez incroyable qui montrent le Tibet avant et après l’invasion chinoise. Sur la gauche du poster, des photos en noir et blanc montrent des cadavres, des enfants malades, des condamnés au pilori… Sur la droite, des photos en couleur montrent des enfants avec le sourire, des hôpitaux et des usines flambant neufs… Propagande simpliste quand tu nous tiens.

Après quelques minutes, le guide revient avec le visage complètement défait. Il y a un problème avec le visa chinois du couple d’Américains qui nous accompagnent. Il expire aujourd’hui et nous sommes toujours sur le territoire chinois. Aussi incroyable que cela puisse paraître, personne n’avait vérifié ce point crucial. Le guide nous explique alors qu’il doit rester au poste de police le temps de résoudre ce problème. Nous voilà libres tout l’après-midi 🙂 Nous pouvons enfin flâner dans les ruelles du monastère du coin.

Les moines et les pèlerins sont tout étonnés de voir des Occidentaux se promener librement sans guide. Nous nous échangeons de grands sourires. Mais la barrière de la langue nous empêche de véritablement engager la conversation.

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Gyantse la plus grande stuppa du Tibet

Nous découvrons également la vie quotidienne dans les rues d’une petite ville tibétaine. L’influence chinoise se fait sentir. Nous retrouvons rapidement les mêmes repères que dans les autres villes de Chine. De retour à l’hôtel, nous retrouvons le couple d’américains. Ils nous expliquent avec le sourire qu’ils ont du payer 700 euros d’amende. « Mais comment vous pouvez en sourire ? ». »Pour ce type d’infraction, nous risquions 15 jours de cachot ! ». Nous frissonnons alors en repensant au moment où nous réfléchissions à traverser le Tibet illégalement. Nous avons bien fait de ne pas jouer avec le feu.

Malaise à l’Everest

Le lendemain, nous reprenons la route direction l’Everest. Après plusieurs heures sur une piste chaotique, nous arrivons de nuit au camp de base. Par chance, le ciel est dégagé et la pleine lune éclaire complètement le toit du monde.

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L’Everest se dresse face à nous, si proche et pourtant inaccessible. Nous restons de longues minutes dans le froid glacial hypnotisés par ce lieu mythique. On comprend alors un peu plus pourquoi tant d’hommes ont voulu le conquérir. De grandes tentes sont installées, formant une sorte de petit village. Le confort est sommaire mais un poêle à bois réchauffe l’atmosphère. Alors que nous nous installons sous plusieurs kilos de couvertures, nous remarquons qu’un de nos compagnons de voyage, un Italien, se sent mal.

Il n’a rien voulu manger depuis que nous sommes arrivés et son visage pale n’augure rien de bon. Au levé du soleil, il se réveille avec une mine affreuse. Notre guide nous explique qu’il va rester avec lui mais que nous pouvons tout de même faire le petit trek prévu dans le programme.

tente camp de base Everest Tibet

everest levé su soleil Tibet

Après deux heures de marche, nous atteignons la fin du chemin. Nous aurions vraiment aimés continuer mais l’accès est gardé par l’armée. Nous admirons l’Everest par grand beau temps. Tout est calme. Difficile d’imaginer que quelques jours plus tard l’avalanche la plus meurtrière de l’Histoire allait emporter 16 malheureux sherpas.

Sur le chemin du retour, nous apercevons une voiture qui vient vers nous a toute vitesse. A son bord, notre guide paniqué. L’état de l’Italien ne s’arrangeant pas, il faut redescendre au plus vite. Nous roulons à toute vitesse vers la frontière avec le Népal. Nous avons 3000 mètres de dénivelé à descendre. Plus nous nous rapprochons du Népal et plus l’Italien reprend des couleurs. Quel soulagement !

montagnes Himalaya Tibet

drapeau prière Tibet

Mastiff Tibet

Bilan sur le Tibet

Nous repartons du Tibet soulagés. Nous n’avons pas eu de problème ni avec la police, ni avec le mal des montagnes. Pour autant, nous n’avons pas vraiment pu profiter de notre séjour : trop de contrôles, trop de restrictions, aucune liberté… Heureusement, le Népal est une toute autre histoire.

 

A bientôt 🙂

Clo & Clem

8 commentaires

  1. En effet je ne pensais pas que le Tibet était aussi contraignant… j’ai des amis qui y sont allés il y a plusieurs années, ils avaient besoin d’un guide mais ils pouvaient quand même faire des arrêts, des belles randos… moi qui voulait tant aller au Tibet ça me fait réfléchir un peu…

  2. à vous lire, ça à l’air super mais c’est vrai que se faire contrôler à chq pas que l’on fait… bref !! la Chine est et restera ce qu’elle est !!
    Et toujours très intéressant de lire vos péripéties !!!

  3. J’avais décidé de zapper la Birmanie pour ces mêmes raisons lors de mon tour du monde. Peur de devoir rester dans les circuits imposés et de nourrir le régime. Finalement, est-ce que vous regrettez d’être entré au Tibet ?

    1. Comme on fait un tour du monde sans avion, on était « obligé » de passer par le Tibet pour pouvoir passer en Inde. Du coup, on ne peut pas vraiment le regretter. Malgré tout, le voyage était intéressant et instructif puisque nous avions un guide tibétain qui n’était pas là pour nous vendre la propagande du régime. Après, c’est sur que c’est super frustrant un endroit aussi dingue qu’on ne peut qu’entrevoir derrière une vitre. On ne peut qu’espérer que la situation s’améliore pour pouvoir y retourner 🙂

  4. Hello,

    Experience très enrichissante nul doute la dessus. Cependant, ce n’est surement pas en respectant les lois du gouvernement chinois que le Tibet sera libre un jour.

    1. Salut Léo, c’est un bon point que tu soulèves mais le problème du Tibet est malheureusement très complexe et beaucoup d’éléments nous échappent.

      Comme indiqué dans l’article, en tant qu’Occidentaux, nous ne risquons pas grand chose si on ne respecte pas les règles : au pire une belle amende ou quelques jours de cachot. En revanche, on peut faire courir de beaucoup plus gros risque aux Tibétains qu’on implique volontairement ou involontairement dans nos actes.

      Même avec du recul, on a toujours du mal à savoir ce qu’on pourrait faire à notre petite échelle pour aider à l’amélioration de cette situation détestable…

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