Jaffna : au coeur du Sri Lanka oublié des touristes

Depuis seulement 2010 et la fin de la guerre contre les Tigres Tamouls, la visite de Jaffna est à nouveau possible. Comparé au reste du Sri Lanka, très touristique, la province la plus au nord de l’île est quasiment désertée par les touristes. Pourtant, Jaffna a une atmosphère magique.

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De Colombo à Jaffna : Permis s’il vous plait !

19h15, c’est l’heure à laquelle nous sommes sensés prendre le bus à Colombo. Arrivés au point de rendez-vous, il y a déjà plein de monde.

19h25, toujours aucun bus. On ne s’inquiète pas trop, les bus sont très souvent en retard. Il n’est pas étonnant de faire 200km en 7 heures de route…. Le responsable de l’agence de bus demande à voir nos tickets et, tout d’un coup, s’affole. Nous ne sommes pas à la bonne station !

Sans plus attendre, nous entamons une course effrénée avec nos sacs de 20 kilos sur le dos. Nous arrivons à bout de souffle devant le bus. Nous jetons nos sacs dans la soute avant de nous effondrer à nos places. Autour de nous, personne… Est-ce que tout le monde s’est trompé de station ? Sommes-nous dans le bon bus ??

Nous demandons au chauffeur qui nous rassure et nous explique que nous attendons les autres passagers. Au fil des minutes, nous comprenons que nous avons couru pour rien. Le bus de 19h15 part en réalité à 20h15.

Que la longue nuit commence !

Enfin partis, On demande aux autres passagers l’heure d’arrivée prévue à Jaffna : entre 8 et 9 heure du matin. Parfait ! On va pouvoir profiter d’une bonne nuit complète avant d’attaquer la visite de Jaffna. On finit par s’endormir doucement, bercés par les mouvements du bus.

Mais la nuit n’est pas aussi calme que prévue… Vers minuit, un premier contrôle de police nous réveille. On se rendort aussitôt sans se soucier. Une heure plus tard, un deuxième contrôle de police. Des motards vérifient les papiers du chauffeur puis éclaire les vitres du bus avec une lampe torche pour mieux voir les passagers. Finalement, ils donnent leur feu vert, on peut repartir.

Clo se tourne alors vers Clem : « C’est ça les fameux contrôles pour accéder à la province du Nord ? Ils ne nous ont même pas demandé nos permis de passage. »

Fatigués, nous nous rendormons avec la certitude d’avoir de longues heures de sommeil devant nous.

Un éclat de voix nous réveille en sursaut. Un militaire nous surplombe, la mine sévère. « Permis ! Passeport ! ». A l’extérieur, on ne voit pas grand chose. Des barbelés barrent la route et des soldats font des rondes à intervalle régulier. On se croirait arrivé en zone de guerre active.

Le militaire ordonne à Clem de le suivre à l’extérieur du bus. Nous sommes au milieu de la nuit. Tous les étrangers (essentiellement des Indiens) descendent du bus, l’air déconfit. Après quelques minutes de vérification, tout le monde est autorisé à remonter dans le bus. Nous voilà enfin dans la province du nord !

Déjà ?!

Nous nous rendormons aussitôt avant d’être encore une fois réveillés. Les passagers sortent du bus en silence. Encore un check-point ? Il n’y a pourtant pas de militaire, ni de policier.

Il est 4 heure du matin et on nous demande de sortir.

« – Pourquoi ?!

– Vous êtes à Jaffna !! »

– C’est pas possible ! Le chauffeur doit se tromper ! »

Le temps de reprendre nos esprits, le bus et l’ensemble des passagers se sont évaporés.

Nous voilà seuls dans une ville inconnue. Tout est fermé. Seuls quelques chiens errants et un chauffeur de tuk-tuk un peu saoul nous regardent avec curiosité.

Tout le désespoir du monde se lit dans les yeux de Clem.

Jaffna à 4 heure du matin, comment faire ?

Nous demandons finalement au chauffeur de tuk-tuk de nous amener dans un hôtel « pas cher mais propre ». Il nous propose le YMCA. C’est une sorte d’auberge de jeunesse que nous avons déjà eu l’occasion de tester en Inde. L’hôtel se situe un peu en périphérie de la ville. A notre arrivée, sans surprise, tout est fermé.

On tente notre chance en frappant plusieurs fois à la porte… Alors que nous nous apprêtons à repartir, un jeune homme, les yeux encore fermés, vient nous ouvrir. Sans rien nous demander, il nous tend une clé en nous indiquant d’un signe de main par où nous devons aller. Puis il retourne se coucher derrière le comptoir.

Notre chambre est simple mais propre et elle ne nous coûte que 1000 roupies, soit 6 euros pour deux. La fin de la galère !

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Jaffna : un mauvais départ mais un très bon souvenir

Hormis quelques ruines qui datent de la colonisation des Portugais, des Hollandais et des Anglais, il n’y a pas énormément de choses à visiter à Jaffna. Le plus intéressant à faire dans cette ville, c’est s’imprégner de l’atmosphère.

Jaffna est une ville calme. Les habitants circulent surtout à deux roues. Les femmes portent des saris colorés et les vaches dans les rues rappellent la proximité avec l’Inde. Jaffna est une ville douce où on peut flâner tranquillement.

Ça tombe bien, c’est ce qu’on préfère dans le voyage.

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A la rencontre des Tamouls

Nous décidons de faire un tour dans un petit village de pêcheurs en bord de mer. Même si on est tout près du centre-ville, on a l’impression d’être coupés de tout.

Nous nous promenons dans les petites ruelles et sommes étonnés de voir de nombreuses maisons détruites.

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Clo s’avance vers une femme qui fait sécher du poisson pour lui demander ce qu’il s’est passé. La femme parle un anglais trop basique pour pouvoir expliquer. Elle mime alors des bombes tombant du ciel puis nous invite à s’asseoir à côté d’elle pour mâcher du bétel. En milieu rural, on offre du bétel pour montrer son hospitalité. Nous acceptons de nous asseoir mais refusons poliment ses feuilles.

Elle veut tout savoir sur nous  :
Clo est-elle Sri Lankaise ?
Sommes-nous mariés ?
Avons-nous des enfants ?

Nous passons un bon moment avec cette femme avant de continuer notre chemin.

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Nous empruntons une autre petite ruelle. Les maisons sont colorées. Les passants, un peu surpris, nous sourient. Un groupe de jeunes assis sous un arbres nous appellent. Nous n’hésitons pas longtemps avant d’aller nous asseoir avec eux.

Ils nous font goûter les sodas locaux au goût ultra chimique. Nous profitons de ce moment privilégié pour en apprendre plus sur eux. Le voyage à l’étranger est un sujet qui arrive très vite dans la discussion.

L’un d’eux nous explique qu’il aimerait bien voyager dans un « grand pays ». Pour lui, le Sri Lanka est une petite île perdue au milieu de l’océan. Il nous explique qu’il s’est rendu en Thaïlande clandestinement, mais qu’il a été attrapé et reconduit au Sri Lanka. Aujourd’hui il est heureux. C’est un jour spécial. Il a obtenu un job en Namibie pour quelques mois.

Il fait partie des nombreux Sri Lankais qui rêvent d’ailleurs.

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En rentrant à notre hôtel, on sympathise avec un chauffeur de tuk-tuk. Il parle parfaitement anglais, allemand et un peu français. Ça éveille notre curiosité. À l’inverse des jeunes qui veulent quitter le pays, lui a fait le choix de revenir.

Il a vécu 28 ans en Allemagne. Il a même été naturalisé Allemand, mais quand la guerre avec les Tigres Tamouls s’est terminée il n’a pas hésité une seule seconde pour prendre la décision de revenir dans « son pays ». Il ne s’est jamais senti véritablement intégré en Allemagne, ici au moins, même s’il gagne beaucoup moins bien sa vie, il se sent chez lui.

Voilà Jaffna : une ville qui se reconstruit peu à peu. La guerre a fait fuir une partie de sa population. La paix les fait revenir peu à peu. Mais, pour les jeunes qui n’ont connu que la guerre, Jaffna est une ville sans avenir. Pour eux, l’espoir c’est l’étranger.

Nous ne savions pas à quoi nous attendre avec Jaffna. Nous n’y avons pas visité de monuments grandioses ou des merveilles naturelles à couper le souffle, mais nous avons découvert une ville authentique et des habitants curieux et attachants.

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À très bientôt pour un nouvel article 🙂

Clo & Clem

 

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