On a piloté le Trans Asia Express !

paysage turc

En route pour l’Iran

Mercredi 1er janvier 2014, 10 heures du matin : nous quittons Ankara, direction l’Iran.

Nous embarquons à bord du Trans Asia Express qui relie Ankara à Téhéran. Il n’y a pas si longtemps, ce train partait d’Istanbul, mais pour le moment, on ne peut le prendre qu’à partir d’Ankara. La raison ? La construction d’une ligne grande vitesse entre les deux principales villes du pays.

Le Trans Asia Express est un train-couchettes. Nous avons acheté nos billets directement à la gare d’Ankara pour la somme de 70 lires par personne, soit un peu moins de 25 euros. C’est un tarif raisonnable pour environ 50 heures de train.

intérieur du trans asia express
vue à l’intérieur du Trans Asia Express : les couchettes sont propres et agréables

Il faut bien l’avouer, le Trans Asia Express porte assez mal son nom :

  • il ne traverse pas l’Asie. Il permet juste de relier Ankara à Téhéran.
  • il n’est pas très « Express ». C’est le moins qu’on puisse dire. Il suffit de regarder par la fenêtre pour voir les camions nous dépasser facilement.
  • ce n’est pas LE Trans Asia Express mais LES Trans Asia Express. En effet, ce n’est pas un train ni même deux trains qui vont vous permettre de rejoindre Téhéran mais bien deux trains et un ferry ! Arrivé dans la ville de Tatvan, au bord du lac Van (le plus grand lac de Turquie), le train turc s’arrête. De là, on prend un ferry qui met 6 heures pour se rendre dans la ville de Van où un autre train nous attend, le train iranien.

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A bord du Trans Asia Express

Dans les wagons, il y a peu de backpackers. La majorité des passagers sont des Iraniens qui reviennent de vacances. Les Iraniens parlant très peu anglais, nous faisons très vite connaissance avec un autrichien, un australien, une marocaine et deux néerlandais. Nous sommes tous très excités d’arriver en Iran même si nous ne pouvons nous empêcher d’avoir également un peu de crainte.

Après une première nuit à bord, nous décidons d’aller manger un morceau. En arrivant au wagon restaurant, complètement ébahis, nous constatons qu’il s’agit d’un VRAI restaurant. Les tables sont bien disposées. Un serveur nous amène la carte. Les prix sont raisonnables, et cerise sur le gâteau, les plats sont pas mal du tout.

il y a un restaurant à bord du Trans Asia Express
à l’intérieur du restaurant du train

Pendant le repas, le regard de Clo croise celui d’un homme qui boit son café. S’ensuit une banale conversation de circonstance : « D’où venez-vous ? », « Qu’est-ce que vous faites dans la vie ? »

A notre grande surprise, il nous répond :

Je suis le conducteur du train.

– Mais alors qui conduit le train ??!!

– Nous sommes trois à piloter, et je suis le chef. J’ai piloté toute la nuit donc pour l’instant je me repose un peu.

Clo lui lance aussitôt :

– On peut venir avec vous dans la locomotive ?

Amusé, il acquiesce et précise :

– Je vais d’abord manger quelque chose et ensuite on y va.

Il commande puis entame une longue conversation avec le serveur iranien. Les minutes défilent et nous commençons à comprendre qu’il s’est peut-être moqué de nous. Il doit surement expliquer au serveur le coup tordu qu’il vient de nous faire.

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Et Clo pilota le train !

Soudain, le train s’arrête. Dans la seconde qui suit, l’homme se lève et nous demande de le suivre. On se regarde étonnés mais, le temps de réfléchir, il est déjà loin. On se presse alors pour le rattraper. Ensemble, nous traversons les wagons les uns après les autres. Dans le dernier, un homme du service nous arrête : « Vous n’avez pas le droit d’être ici ! Cette partie est réservée au personnel. » Notre « conducteur » mystérieux crie un mot en turc et l’agent s’écarte aussitôt pour nous laisse passer.

Mais entre-temps, le train a déjà redémarré. Il empoigne alors le téléphone de bord, marmonne quelques mots et le train s’immobilise à nouveau. Il ouvre la porte qui donne sur l’extérieur, nous sautons dans la neige et nous courrons vers l’avant pour atteindre la locomotive. C’est complètement dingue de penser qu’on vient d’arrêter le train juste pour qu’on puisse monter à l’avant.

train

Une fois à l’intérieur de la cabine de pilotage, on fait un bond dans le passé. Les wagons des passagers sont plutôt modernes alors que la locomotive n’a plus d’âge. Le compteur affiche 500 000 km, mais il a fait sans aucun doute plusieurs fois le tour !

L’espace est réduit, surtout quand on est quatre dedans ! Heureusement pour le conducteur et son assistant qui enchainent de longues distances, la locomotive est équipée d’une véritable petite cuisine : un réchaud pour faire le thé et même un micro-onde !

compteur vitesse train Trans Asia Express

Quelques instants plus tard, le pilote en chef invite Clo à prendre les commandes. Toute excitée, elle empoigne le levier et commence à passer les vitesses : 1, 2, 3, 4…  jusqu’à 8. Plus le train accélère, plus ça nous donne la sensation qu’il va exploser.

Clo aux commandes

Grisée par la sensation de puissance, Clo veut essayer tous les leviers. « NON !!! surtout pas le rouge !!! ». In extremis, le conducteur nous sauve d’un freinage d’urgence à pleine vitesse.

la manette rouge

vue exterieur train

Quand arrive le premier tunnel, le conducteur ordonne à Claudia de faire siffler le train. « Au cas où un autre train arrive en face. » Rassurant…

A la sortie du tunnel, on aperçoit un chien sur les rails. Il ne bouge pas. A tous les coups on va le percuter ! Clo se cramponne au klaxon pour qu’il se rende compte du danger. Au dernier moment, il fait un bond sur le bas côté… Ouf !

Nous pensions que le métier de conducteur de train était calme et monotone mais, en à peine 5 minutes, que d’émotions !

Dehors, le paysage défile. La neige devient de plus en plus épaisse. Le brouillard s’intensifie. On y voit pas à plus de 5 mètres, ce qui nous oblige à ralentir. De toute évidence, la vitesse n’est pas la plus grande préoccupation du Trans Asia Express. Même à plein gaz, le train ne dépasse guère les 80 km/h

Pendant ce temps, le copilote récite les leçons de français qu’il a apprises à l’école, 40 ans plus tôt. Avec le sourire jusqu’aux oreilles, il nous chantonne une comptine. L’atmosphère est très détendue. Ils sont fiers de nous montrer leur travail et nous sommes très heureux de vivre cette expérience hors du commun.

Commencer l’année 2014 en pilotant le Trans Asia Express, c’est prometteur pour les 364 jours qui suivent 🙂

 

A bientôt 🙂

Clo & Clem

 

PS : Nous avons flouté les visages des conducteurs car ce n’est pas franchement autorisé de faire monter des passagers dans la locomotive.

12 commentaires

  1. Bonjour !!
    Bonne Année !!
    Je suis votre voyage depuis mon écran . et c’est avec grand plaisir !!
    Bonne continuation !!
    ps: si demain vous conduisez un avion faites gaffe aux oiseaux !!! 😉

    1. Bonne année les aventuriers, bientôt vous piloterez un gros bateau, heureusement vous ne prenez pas l’avion … bisous des irréductibles gaulois

  2. Bonjour!
    Nous sommes deux voyageurs espagnols qui veulent prendre ce même train en septiembre. On voudrait vous demander si c’est facile d’acheter les billets sur le moment, c’est á dire s’il n’y a pas trop de demande, parce que nous ne voudrions pas nous arrêter à Estambul ou Ankara, mais prendre le train vers Tabriz tout de suite. Nous ne trouvons pas le moyen de réserver ou acheter le billet en Espagne avant de partir.
    Merci d’avance.
    Mercedes
    mercedes.gascon.bernal@gmail.com

    1. Bonjour !
      Nous avons acheté nos billets Ankara-Tabriz directement à la gare d’Ankara, le train n’était pas complet donc on peut l’acheter sans problème la veille du départ. A l’époque où on l’a pris (en janvier), On ne pouvait pas partir d’Istanbul car il y avait des travaux 🙂 Du coup il faudrait vérifier si les travaux sont terminés, sinon il faudra se rendre à Ankara pour prendre le train.
      Bon courage et bon voyage en Iran ! Ce pays est génial !

      1. Merci beaucoup par votre réponse.
        Nous envisageons d’ arriver jusqu’à la Chine, alors ça sera le commencement de notre voyage. Nous espérons doncs de pouvoir acheter les billets à Estambul ou Ankara et de jouir du voyage comme vous l’avez fait.
        On vous raccontera.
        Merci à nouveau!!!

  3. Bonjour !
    Je compte également aller en Iran en janvier, mais tout ce qui tourne autour du visa reste assez flou… Si on arrive par voie aérienne, on peut obtenir le visa à l’aéroport, par contre si on arrive par voie terrestre (comme avec le trans asia), il faut faire faire son visa à l’avance ? pouvez-vous me confirmer cela ? 🙂
    Bon voyaaaage à vous !

    1. Bonjour 😀
      Je ne sais pas si on peut le faire à l’aéroport, mais je sais en revanche qu’on ne peut pas le faire par voie terrestre : quand on a pris le Trans Asia, il y avait une femme d’origine marocaine avec nous. Elle n’avait pas fait son Visa parce qu’a l’ambassade on lui avait dit qu’elle pouvait le faire en arrivant. Or, à la frontière ils ne sont pas équipés, donc elle a dû faire demi-tour :/

      On avait fait le notre à Paris, ça n’a pas posé de problème 🙂

      Bon voyage !!! Les Iraniens sont géniaux, mais prudence quand même pour les femmes 🙂

      Claudia

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